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Dans la tête de Claude Debussy : concert d'imagination de Jean-François Zygel
Scène de la Grande Halle - 19h00
dimanche 29 juillet 2018
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Les Jardins de Debussy

 

"Je devais avoir 14 ou 15 ans lorsque mon professeur de piano m'a donné à travailler les Jardins sous la pluie. J'en aimai l'animation granuleuse, l'inquiétude et la joie mêlées, et bien sûr sa citation énigmatique (la ronde enfantine du XVIIIe "Nous n'irons plus au bois"...), juste avant la péroraison finale. Ayant lu quelque part que Debussy adorait la nature, qu'il avait même déclaré que contempler un coucher de soleil était plus utile à un musicien que d'étudier l'orchestration d'une symphonie de Beethoven (provocation au fond sans grande pertinence, mais qui plaisait à l'adolescent que j'étais), j'entrecoupais mes après-midis de travail d'une promenade quotidienne au parc Monceau, à quelques pas de chez moi.

 

Mon père m'ayant appris que c'est justement un jour pluvieux passé par Debussy à errer dans ce beau jardin qui avait été à l’origine de cette si singulière composition, je me mis à considérer sérieusement que ce grand Claude était peut-être bien le plus grand compositeur français, comme devait en témoigner plus tard le billet de 20 francs créé par la Banque de France à son effigie, que j'encadrais et accrochais immédiatement au-dessus de mon bureau.

 

Je rêvais qu'à mon tour je composerais de nombreux chefs-d’œuvre pour le piano, qui me vaudraient non seulement la célébrité et la reconnaissance éternelle des pianistes, mais à n'en pas douter un billet de banque d'une valeur d'au moins 50 francs, si ce n'est de 100 ou de 200 francs. Les titres de Debussy m'intriguaient, m'attiraient, me faisaient rêver : La Soirée dans Grenade, En bateau, Pour la danseuse aux crotales, La Fille aux cheveux de lin, Les Fées sont d'exquises danseuses, Feuilles mortes, Des pas sur la neige, Ce qu'a vu le vent d'ouest, Poissons d'or, L'Isle joyeuse, Et la lune descend sur le temple qui fût...

 

Ce qui est drôle, c'est que lorsque aujourd'hui j'écris de la musique, je ne subis, me semble-t-il, aucune influence de la musique de Debussy. Alors que lorsque j'improvise, je le sens toujours présent derrière mon épaule, surveillant mes doigts et mes harmonies, désapprouvant d'une moue telle modulation trop brusque, tel rythme trop appuyé, approuvant d'un sourire telle formule d'arpège veloutée, telle mélodie innocente et colorée.

 

Ce que Debussy invente : une nouvelle manière d'écouter la musique et de faire sonner le piano. Et même si chaque nuance est jalousement précisée sur la partition, la plupart des pièces pour piano de Debussy me font penser à de sublimes improvisations, comme si ce compositeur si énigmatique avait su trouver le secret de fixer pour l'éternité la beauté fugace de l'improvisation pianistique."

 

Jean-François Zygel (mars 2018)